Visages du Front, une série de portraits réalisés exclusivement les premiers Mai entre 2000 et 2005 lors des défilés annuels du Front National à Paris.

On m’interroge beaucoup.
On ne s’explique pas pourquoi un auteur-photographe indépendant, qui choisit ses sujets et travaille sans soutiens ni commandes, qui pourrait photographier des nuages, des paysages grandioses et des tas de choses avec de jolies couleurs, qui est libre de son temps et de ses destinations photographiques, choisit de se lever à l’aube un jour férié pour assister au défilé du Front National.

On me demande à quoi çà sert. Pourquoi exposer ces portraits. On trouve de l'ambiguïté et il y a manifestement quelque chose de gênant. On me demande si je soutiens le Front National ou si les frontistes ont essayé de m’étriper.

J'aime photographier des manifestations populaires depuis 1994. Les images de photographes comme Gilles Caron me faisaient rêver d'un autre monde. J'ai photographié beaucoup de manifestations sociales dès 1995, les grandes grèves de l'hiver 1995, les Gay Pride, les supporteurs de la coupe du monde de football, les premiers Mai rouges. Je suis allé pour la première fois au défilé du Front National en 2000. Un peu par hasard, en entendant l'annonce de la manifestation sur France-Infos. Curieux surtout.

Chaque premier mai, les militants du Front National viennent de toute la France pour défiler de Châtelet à Opéra. Je me demandais comment je serais accueilli dans ce cortège. D'abord, je suis métisse, fils d'un immigré vietnamien qui a séduit une petite française bien de chez nous mais avec quand même un peu de sang polonais si on cherche bien, sans parler des incartades. Ensuite, il y a une chanson des Scouts d'Europe (Jeunesses du Front National) qui dit "...mort à tous ces chacals, qui portent cheveux longs..." et enfin, je porte plusieurs boîtiers photographiques de type professionnel qui me font ressembler à un photographe de presse judéo-maçonnique.

Je me promène dans cette foule avec mes appareils en dévisageant. J'imaginais que cette foule serait différente des autres. En fait, je vois des hommes, des femmes, des personnes âgées, des enfants. Je vois des négroïdes, des sémites, des asiatiques, des caucasiens. Je vois des gens qui ressemblent à d'autres gens que je connais. Je vois une dame avec un sourire de jeune fille quand Jean-Marie Lepen monte sur la tribune. Plus loin, je vois une jolie fille, voilée dans un drapeau français. Je les regarde dans les yeux, puis je les regarde de près avec mon appareil. Ils ne s'enfuient presque jamais.

J'évite sincèrement la caricature. Je n'ai pas de haine à priori. J'en choisi arbitrairement quelques uns dans la foule. Nous échangeons un regard, parfois quelques mots. Ensemble, nous faisons une image.

Ils ont un visage humain. Je pense que c’est précisément ce qui dérange. Leur humanité et leurs sourires associés à des slogans inouïs. Le sentiment que ces idées existent et nous entourent. L’impression qu’on pourrait reconnaître un collègue, un voisin, un ami. Normal ; vingt pour cent, c’est une personne sur cinq.

Je réunissais ces portraits depuis quelques années sans destination particulière comme pour le reste de mes images, accumulations insensées d’instants précieux.
Puis, on m'a proposé de participer aux Rencontres Photographiques de Créteil sur le thème de la photographie engagée. A la veille d’une nouvelle élection présidentielle où l’on parle sans gêne d’immigration choisie, çà n’engage plus à grand chose.

gaelic - 24 février 2006



L’exposition Visages du Front sera visible à Créteil :

du Lundi 27 Février au Samedi 11 Mars
au Club de Créteil, rue Charpy

du Lundi 13 Mars au Dimanche 2 Avril
à la Galerie Sous Réserve, 28 esplanade des Abymes

Vernissage au Club de Créteil le Jeudi 9 Mars 2006 de 19h à 22h, rue Charpy, M° Créteil Université.
Tel : 01 48 99 75 40




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